Les entrepôts de Bercy


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Arrondissement traversé : 12e

Je m'engage dans le dédale de la petite ville pinardière, défendue par des grilles contre les assauts possibles des assoiffés, mais, du fait de sa situation en contrebas des quais, pas du tout contre les crues - les autres, les féminines, celles de la Seine.
De-ci, de-là, au hasard du chemin, des fûts, des baquets, d'énormes entonnoirs culottés, des outils de tonnelier, s'offrent à la vue. Dans une rue latérale, un wagon solitaire, comme un ivrogne cuvant sa cuite. Plus loin, une bonbonne s'est brisée, et un filet de vin serpente entre les pavés inégaux. Un parfum de futaille flotte dans l'atmosphère. Les arbres - certains, paraît-il, ont été plantés sous la direction de Le Nôtre - ne semblent pas souffrir de cette odeur. Ce sont des arbres qui tiennent le litre.



Devant les entrepôts
Planche 52, case 4 : Burma rend visite à Montolieu, dans son entreprise de commerce de vin. Tardi a dessiné une des rares parties des anciens entrepôts à avoir subsisté. Ceux-ci abritent aujourd'hui l'école de boulangerie et de pâtisserie de Paris.


Entrée des entrepôts
Planche 52, case 5 : Burma arrive à l'entrée des entrepôts. Pas de changement.



Histoire de Paris : les entrepôts de Bercy
Si le commerce de vin remonte au XVIIe siècle sur les bords de Seine, il ne prend réellement son essor qu'au début du XIXe siècle.
Une vie commerciale où se côtoient négociants, marchands et commis déchargeant les fûts arrivant par la Seine, remplace la vie autrefois paisible et champêtre de ces lieux. Au-delà de l'ancienne barrière de la Rapée, les quais sont envahis de tonneaux alignés côte à côte, attendant d'être transportés vers les entrepôts. Les badauds arrivent en masse espérant trouver du travail tandis que de nombreux cafés, auberges ou guinguettes sont ouverts entre le pont de Bercy et l'actuelle rue Nicolaï (ancienne rue Grange-aux-Mercier).
Un quartier populaire se crée. Bercy devient un lieu "à la mode" où l'on vient s'enivrer, danser et goûter à des plaisirs divers. De nombreuses fêtes deviennent très prisées comme les joutes sur l'eau ou encore les courses de rouleurs de tonneaux.
En 1860, la commune de Bercy est annexée à la ville de Paris. Cette dernière décide alors de reconstruire les entrepôts. Les travaux se divisent en deux parties : la surélévation du quai de Bercy pour éviter de nouvelles inondations, et le remplacement des anciens entrepôts, construits de façon anarchique, par de nouveaux, de même gabarit et desservis par un réseau géométrique de rues pavées. Déclarés d'utilités public le 6 août 1877, les travaux sont menés par Viollet-le-Duc.
A la fin du XIXe siècle, les entrepôts clos par une grille occupent une superficie de 42 hectares entre le quai de Bercy, le boulevard de Bercy, la rue de Bercy et le boulevard Poniatowski. Aux abords, des services publics s'ouvrent : une école maternelle, un bureau de poste et une caserne de pompier. L'église Notre-Dame de la Nativité, place Lachambaudie, est reconstruite en 1873 après avoir été incendiée sous la Commune.
Jusque vers les années 1950, les entrepôts sont en pleine activité. Mais, à partir des années 60, dans le cadre du rééquilibrage de l'Est parisien, la Ville de Paris décide de ne plus renouveler les contrats de location aux marchands. Ces derniers quittent progressivement ce lieu mythique pour aller s'installer en banlieue.
Dès les années 80, les entrepôts sont progressivement détruits pour être remplacer par le Palais omnisport de Paris Bercy, le ministère de l'économie et des finances et le vaste parc de Bercy.